Paraguay
Panteón de los Héroes
Poema de Hugo CaamañoEl amor en las calles
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Capital, Buenos Aires. Cielo bajo. Ay, ¿no me oyes, amiga, esposa ajena, tornasolada cuerda del deseo? El día es un salón iluminado. Salgo a buscarte en él y no te encuentro. A lo mejor mañana -entre la gente- tus calles desbordantes me la entregan, ciudad de férreas patas enterradas a un costado del agua y de los barcos. Alguna vez invade donde espero. Entra al café con su pollera corta y parada en el corazón los finos tacos de sus zapatos negros me hacen daño. Para tanta pasión soy muy pequeño. Y aunque se ha ido, yo, ahí en la mesa que como un perro fiel sale a buscarla, sigo mirándola como una joya ardiendo en la empuñadura de la noche. A veces quiero ser -después me angustio- un capitán de obreros insurrectos. Grito ¡América! Y bajan los del norte. ¡Campesinos! Y suben los del sur. Y se encuentran, se reconocen, se saludan, y hay ruidos de muchos hombres y hacen fuego y se sientan alrededor del fuego y deliberan y designan los jefes y se ponen de nuevo en movimiento. Caiga en el libro que lee la que amo una gota de sangre, un frío atardecer que estando sola en el café de siempre no sepa adónde ir. Adelaida, mi amor, dame la mano y vamos a la ciudad abandonada, a las ruinas de la vieja ciudad de cielos pálidos y vientos y grandes árboles y ahí, esposa ajena, bajo el sol, oh las puertas secretas de tu cuerpo que golpeo con lo que tengo de rodillas. No te enojes por eso. Sueño es nada, nada, guantes que brillan, seda y sangre, escarbando mi cráneo hasta el hastío, que consigo destruir pero que vuelve reconstruyéndose con pasos lúbricos de un trasfondo ignorado donde caigo. La conocí en un cine. Esa noche -20 de julio del 51- mi corazón cansado se apoyaba en un bastón de sangre, cuando con un sobresalto descubrí el rostro prometido en ese rostro. Saludé. Me acerqué. Me presenté. Sonreía que no. ¡Qué iba a decirme! Siempre me dice no cuando le hablo. Recuerdo el verso de Poe, ese que dice: And all I loved, I loved alone. Siento orgullo por eso y quedo aislado por un círculo frío de los otros. Sombra dorada, puerta de mi agonía, así te traigo de la mano al verso. En mi único poema enamorado quiero cantar más alto que ninguno. Los demás si algo son sea en el coro. Adelaida, mi amor, casa fragante alumbrada de noche por mi fiebre y golpeando sus puertas el bramido de un tigre solitario. Buenos Aires al norte, cielos bajos, el otro día la encontré en tus calles. Un relámpago negro ató mis piernas. Y cuando vió que la miraba, mudo, inmóvil en mi fuerza, abrió sus brazos y se acercó hasta mí como una hermana, sonriendo desde el sitio que no alcanzo. ¿Por qué será que no parezco un hombre sino un pueblo de músicos que huye atormentado por estruendos dulces abandonado al sol los instrumentos? ¿Por qué será que nunca me comprende, o me comprende y se sonríe? ¿Qué debo hacer, ciudad? Oh, yo no quiero quedarme noche y día masticando como una droga infame tal angustia. No ha nacido mi alma para eso. Mi alma es como un cuarto tapizado de cortinajes negros y en el centro un joven viudo de rodillas llora. No ha nacido mi alma para eso. ¿Iré a las exposiciones de pintura? ¿A conferencia de poetas con barbitas? Iría pero desnudo, de a caballo, cuatro pumas hambrientos. Y que huyan. Cuando de noche callas en la cama al lado de tu esposo que ya duerme, ¿escuchas la tormenta? Mis manos que te buscan. ¿sientes la soledad? A mí me sientes. ¿Sientes que algo muy bello te ilumina de un resplandor de pájaros salvajes en cielo azul y campos verdecidos? Yo soy que te poseo, amada, amiga. Eso es todo. No espero. Quiero irme. Europa jura y con ardientes manos borda banderas nuevas y me llama. ¡Basta! Cuando me vaya (si no he muerto), ahí en barco, solo, entre la gente desplegaré su rostro como un cuadro pintado entre violines por Picasso, y me estaré mirándolo, mirándolo ahí en el barco, solo, entre la gente, muy pequeño, muy solo en el océano. Y nadie la verá si yo no hablo. La Casa del Canto, Buenos Aires, 1985 |

Sauf exception, on éclate rarement de rire en lisant Perec. Son humour est subtil, complexe, et indirect. Ainsi, le roman Les Choses ne figurera dans aucun palmarès recensant les ouvrages comiques. Il s’agit d’une dissection de notre rapport aux objets dans une société où l’accumulation matérielle est dépeinte de manière absurde. On se rapproche ici de l’humour surréaliste.
Quand on évoque Perec, on pense tout de suite à La Disparition, exploit linguistique réalisé en 1969, avant l’avènement de l’ordinateur, un roman lipogramme écrit sans employer une seule fois la lettre "e". Perec, membre de l’OuLiPo, nous offre ici une prouesse littéraire. Je renvoie d’ailleurs les curieux qui souhaitent en savoir davantage sur l’OuLiPo à l’excellente tribune de Ricardo Salvador.
Certes, La Disparition n’est en rien une suite de gags désopilants, mais les contorsions nécessaires pour contourner cette voyelle omniprésente en français sont jubilatoires. Les jeux de mots, anagrammes, palindromes et autres manipulations linguistiques prêtent souvent à sourire, comme lorsque l’un des personnages s’exclame : "Ah Moby Dick ! Ah Maudit Bic !"
L’écriture de Perec est d’une insolente inventivité. Mais c’est un rigolo mélancolique, dont l’humour est imprégné de désespoir. L’écrivaine et psychanalyste Marie Darrieussecq a dit, à propos de La Disparition, qu’il s’agissait moins d’un ouvrage écrit sans "e" que sans "eux", son père mort à la guerre et sa mère assassinée à Auschwitz. Perec évoque d’ailleurs la Shoah dans "W ou le souvenir d’enfance", curieuse fiction qui juxtapose la naïveté du récit avec l’horreur du sujet. C’est un comique de l’absurde, souvent dérangeant malgré tout, ce que n’était pas, sur un thème proche, l’admirable film de Roberto Benigni "La Vie est belle".
Quel étrange livre que ce "Je me souviens", écrit en 1978 et en grande partie illisible aujourd’hui, en particulier pour les moins de 70 ans. La répétition, 480 fois, de la locution "Je me souviens…" est suivie de détails souvent anodins, fragments du quotidien de l’époque. L’effet comique est créé par la banalité, l’accumulation et la fragmentation de ces souvenirs, dont chacun pris individuellement est la plupart du temps d’une triste banalité. Ainsi, le n° 2 : "Je me souviens que mon oncle avait une 11CV immatriculée 7070 RL2".
Une curiosité, le souvenir n° 97 : "Je me souviens que M. Coudé du Foresto fut délégué de la France à l’ONU et que l’on faisait sur son nom une astuce que je n’arrivais pas à comprendre". Sans doute la comprenait-il très bien, mais, pour une raison inconnue, il disait ne pas la trouver drôle. L’astuce en question était due à Jean Rigaux, chansonnier (pour les plus jeunes, l’équivalent d’un stand-upper) qui racontait la blague suivante : une michetonneuse interpelle le sénateur qui déambulait sur les Grands Boulevards. Choqué, celui-ci lance à la belle : "vous n’y pensez pas, Mademoiselle, je suis Coudé du Foresto !". Et la dame de lui répondre : "Ce n’est pas grave, je me mettrai en chien de fusil."
Perec était pourtant tout sauf un cul serré. Ainsi le n° 307 : "Je me souviens de : - Pourquoi les filles du Nord sont-elles précoces ? – Parce que le concerto en sol mineur."
C’est quand même un cran au-dessus des blagues à Toto, on évoque ici la musique classique ! Je me souviens, quant à moi, avoir vu sur scène Sami Frey réciter ce texte, en pédalant avec entrain sur son vélo immobile, installé sur des rouleaux. Performance remarquable d’acteur et de sportif.
Amoureux de la langue française, Perec était d’un éclectisme rare. Auteur des mots croisés du Point, il pouvait s’y montrer hilarant et retors. Telle cette définition : "Surtout craint de certains derviches". La réponse est empêcheur, puisque celui-ci empêche les derviches de tourner en rond !
La Vie mode d’emploi est une parodie de roman de mœurs et de roman policier. Les personnages y sont souvent réduits, avec détachement, à une fonction ou à un objet. La juxtaposition des récits qui semblent sérieux devient comique, par leur accumulation et leur variété.
Perec est souvent là où on ne l’attend pas. Et les éclats de rires peuvent alors être au rendez-vous. Comme tout un chacun, il devait aussi gagner sa vie avec "un métier sérieux". Aussi a-t-il longtemps occupé un poste de documentaliste à l’hôpital Saint Antoine. À ce titre, il était familier des publications scientifiques, genre de littérature pour laquelle il faut avoir un esprit sacrément tordu pour y trouver légèreté et drôlerie. Sauf lorsque Georges Perec s’en mêle.
Humour so british d’un des plus français des écrivains
Il a écrit un pastiche d’article scientifique d’abord en anglais — et publié dans une revue académique anglo-saxonne très sérieuse — puis traduit et publié ensuite en français (entre autres dans Actuel). L’article s’intitule "Mise en évidence expérimentale d’une organisation tomatotopique chez la soprano (Cantatrix sopranica L.)". Un court extrait se suffit à lui-même : "Les effets frappants du jet de tomates sur les sopranos, observés… par Marks et Spencer’"(1899). "Chou & Lai... (1927 a, 16, c, 1928 a, 16, 1929 a, 1930) ont écarté l’hypothèse d’un simple réflexe nociceptif facio-facial qui avait été émise… par certains auteurs (Mace & Doyne, 1912 ; Payre & Tairnelle, 1916)".
Et, même dans la version anglaise, Perec est encore capable de jouer habilement avec la langue : "It is of interest to notice that, if the left hemisphere was kept for analysis, the right hemisphere was left"
Certains textes de Perec sont difficilement classables, tel "Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?" qui relève à la fois de l’humour et du roman, ou encore "Tentatives d’inventaire des aliments liquides et solides que j’ai ingurgités au cours de l’année mil neuf cent soixante-quatorze" qui oscille entre l’intime et la fiche-cuisine. Tout au long de sa courte carrière, Perec a reçu de nombreux prix (Renaudot, Médicis…). Il est entré en 2017 dans la prestigieuse collection de La Pléiade. Et en deux tomes, s’il vous plaît. Là, je suis persuadé que ça l’aurait fait rire !
YO ME RESISTO
Yo me resisto,